Lettre à Monsieur le Président de la République française et à Madame Elisabeth Borne, Première ministre

5 septembre 2022

Lettre à Monsieur le Président de la République française et à Madame Elisabeth Borne, Première ministre

avec copie à Mesdames et Messieurs les parlementaires

 

Association Echauffour Environnement                            Échauffour, jeudi 1 septembre 2022 Le Val Soubry, 61370, Echauffour                                                             association@echauffour-environnement.fr

 

Monsieur le Président de la République,                                                                           Madame la Première ministre,

Dans l’avant-dernier article du projet de loi d’exception qui devrait être présenté en Conseil des ministres au mois de septembre, puis au Parlement en octobre, vous envisagez, Madame la Première ministre, de proposer des ristournes sur le prix de l’électricité aux riverains d’éoliennes : « Cet article vient ainsi créer une modalité de partage territorial de la valeur des renouvelables avec les ménages résidents via leur facture d’électricité. », lit-on dans l’exposé des motifs.

En tant que riverains de cinq éoliennes industrielles, mises en service au printemps 2019 par Voltalia (groupe Mulliez), au centre de notre commune ornaise d’Echauffour, nous osons encore croire que notre témoignage pourrait fournir des éléments de réflexion précieux, factuels et concrets, quant à la façon dont ces installations sont implantées dans nos espaces de vie ruraux.

Vous jugerez ainsi du bien-fondé du sacrifice des populations locales au nom d’une transition renouvelable que nous percevons avant tout comme une gigantesque affaire financière, dont l’engagement écologique nous apparaît comme la moindre des motivations, et le prix à payer bien mal réparti.

Si le gouvernement en arrive aujourd’hui à envisager d’offrir des « ristournes » aux riverains de ces installations industrielles et se propose d’acheter ainsi leur silence, c’est donc que, finalement, il est désormais avéré que les nuisances que nous subissons sont bien réelles.

Voilà donc, enfin, la reconnaissance tant attendue de nos souffrances et de la dégradation de nos espaces de vie. Reconnaissance qui rejoint celle des services fiscaux, organismes non philanthropiques, qui ont revu à la baisse les coefficients fonciers de situation particulière de nos propriétés, considérant nous étions désormais, et en raison des éoliennes de Voltalia, dans une « situation mauvaise, présentant des inconvénients notoires sans avantages particuliers. » Avis aux futurs riverains de ces machines…

Vous comprendrez donc pourquoi, à Echauffour, comme désormais à de trop nombreux endroits en France, peu nous importe de « partager » les valeurs des renouvelables si nous ne pouvons plus vivre sans nous enfermer pour nous protéger du bruit et s’il faut continuer à subir cette pollution sonore que l’on nous impose : une violence acoustique qui détruit notre environnement et notre santé.

Comme l’a rappelé le Conseil Constitutionnel, dans sa Décision n° 2022-843 DC du 12 août 2022 – Loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat : « […] il résulte du préambule de la Charte de l’environnement que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation […] »

Le droit à la santé et à la jouissance paisible de son habitation ne sont-ils pas, eux aussi, d’autres intérêts fondamentaux de la Nation ? Et, à voir ainsi mépriser nos droits de citoyens, n’en arriverons-nous pas bientôt à nous interroger sur les fondements même de nos devoirs ?

Ce que nous dénonçons dans cette lettre n’est en aucun cas le fruit d’un replis égoïste sur de micro-intérêts locaux, d’un déni des réalités climatiques et énergétiques, d’un refus d’accompagner les mouvements de la société ou d’assumer des responsabilités collectives, voir même d’un quelconque effet nocebo amplifié par une imagination paranoïaque… Non ! Nous sommes des citoyens fermement engagés dans la préservation de notre planète et impliqués à construire l’avenir de notre communauté nationale et territoriale.

La réalité est que, depuis plus de dix ans, nos gouvernements successifs — et le vôtre en particulier en publiant un nouveau protocole de mesure des impacts acoustiques des parcs éolien le 22 mars 2022 — ont travaillé à créer un régime d’exception de l’éolien terrestre, préjudiciable aux conditions de vie des populations riveraines.

Il lui permet aujourd’hui d’échapper aux préconisations sanitaires du Code de la santé publique et d’émettre des nuisances sonores qui seraient condamnées ailleurs pour trouble anormal de voisinage. Pire encore, votre ministère de la Transition écologique, refusant toujours de considérer les sons de basses fréquences qui sont pourtant une des composantes principales du bruit éolien, autorise la filière éolienne à se livrer à de complexes manipulations mathématiques et statistiques afin de lisser les modulations d’amplitudes sonores des machines et faire disparaître des mesures les pics de bruits qui sont la raison principale des plaintes des riverains.

Si cette habile prestidigitation permet de faire rentrer un éléphant dans une boîte à chaussure pour le faire passer pour une souris, elle n’en revient pas moins à imposer comme réglementaires des nuisances sonores qui sont insupportables, destructrices et dangereuses pour les riverains de ces machines.

Echauffour est, à ce titre, un tragique cas d’école.

Vous comprendrez bien qu’en poursuivant ainsi, il ne pourra jamais y avoir d’acceptabilité sociable de l’éolien dans nos territoires ruraux. Vous ne pourrez pas continuer à laisser ces entreprises à la vertu douteuse poursuivre leur exploitation de la misère, ou de l’avidité, financière de certains et abandonner ceux qui vivent sous les machines en les condamnant à un martyre sonore.

Nous tenons à votre disposition, à l’appui de ces affirmations, le dossier technique que nous avons réalisé sur le bruit éolien, sa mesure et sa caractérisation, en espérant que ces arguments solides et vérifiables ramèneront un peu de raison dans un débat qui en manque singulièrement.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Madame la Première ministre, l’assurance de notre haute considération.

Fabien Ferreri,
Président de l’association Echauffour Environnement